| Pour
cette raison, nous décrirons non seulement les signes cliniques et leur traitement
effectif, mais aussi les éventuelles conséquences tardives des postures déformées
non traitées. C'est seulement quand on a conscience de l'importance de ces conséquences,
que l'on cherche des formes précoces dans l’espoir de pouvoir les traiter plus
facilement que les problèmes apparaissant chez les sujets plus âgés.
L'importance
de la symétrie pour le développement est devenue de plus en plus claire ces dernières
années (cf. la monographie à ce sujet[18]).
Surtout,
la relation entre la mauvaise posture chez le nourrisson et les problèmes ultérieurs
d’adaptation à l’âge scolaire, montre pourquoi un diagnostic précis des symptômes
précoces devient urgente. Clinique
En recherchant
les causes, nous avons déterminés que la jonction crânio-cervicale jouait le rôle
de déclencheur chez la plupart des enfants. Le terme " la jonction crânio-cervicale
" désigne le passage entre la base du crâne et le rachis cervical, c'est
à dire au niveau supérieur de la nuque. Cette zone joue un rôle important
dans la coordination des mouvements et la posture corporelle. Chez le nouveau-né
cette zone joue donc un rôle dans l’apprentissage des stétéotypes de mouvements
(cf.[10]).
Des
perturbations dans cette zone, qui peuvent, dans les années qui suivent, entraîner
un torticolis, peuvent avoir pour conséquence, au début du développement de l'enfant,
c’est à dire dans sa première année de vie, une évolution négative grave de l’ensemble
de la motricité sensorielle.
L'accouchement
chez l’être humain est extrêmement complexe en raison de la construction singulière
du bassin due à la station verticale. Il est affecté de risques supplémentaires
du fait que le périmètre crânien a augmenté depuis peu (c’est-à-dire depuis environ
2 millions d’années)[19,
21]
. Le
rachis cervical supérieur est ainsi soumis à un potentiel élevé de blessures ou
de lésions. La considération simultanée de l’importance de la motricité sensorielle*
et de la vulnérabilité particulière lors de l'accouchement est à l’origine du
syndrome KISS.
Les connaissances
sur le syndrome se sont précisées au fur et à mesure. Au début, on constatait
les plaintes et les particularités presque exclusivement provoquées par un dysfonctionnement
de la colonne vertébrale supérieure. Dans ces cas, la relation de cause à effet
était la plus étroite et la plus évidente.
Il existe
par ailleurs un deuxième groupe de symptômes qui provenaient souvent, mais pas
toujours, de la colonne vertébrale. Enfin, au cours du temps, des observations
isolées ont été relatées, que l’on ne pouvaient généraliser, mais qui donnaient
des indices intéressants. Ces
trois groupes se reflètent dans l’acceptation du terme KISS. Il est en effet relativement
bien accepté qu’une posture fixée en inclinaison latérale de la tête chez le nouveau-né
peut être rapidement prise en charge par un traitement médical manuel de la colonne
vertébrale. Il est déjà plus controversé de recourir à cette possibilité quand
il s’agit de problèmes d’allaitement ou de cris persistants d’origine inconnue.
Mais l’idée que beaucoup de jeunes qui attirent l’attention à l’école par des
perturbations de la coordination et des problèmes de perception pourraient souffrir
des suites d’une problématique KISS induite par un traumatisme néonatal (cf. la
contribution de Kühnen
[14])
provoque
encore aujourd’hui de fortes oppositions dans la majorité ….
Les connaissances
épidémiologiques sont rassemblées ailleurs[4].
Quelques exemples
Exemple
1: Je
ne donnerai pas de pseudonyme à Kevin dans ce court communiqué, j'ai 131 enfants
porteurs de ce nom dans ma statistique personnelle (septembre 1995), l'anonymat
n'est donc pas nécessaire. C'est à l'âge de six mois qu'il est venu consulter
chez nous, avec un tableau tout à fait typique d'un enfant affecté d'un KISS.
Voici l'histoire de son développement avant sa première consultation : accouchement
normal, extraction par ventouse pour non-progression, ce qui signifie qu'il a
été exposé pendant un temps relativement long aux contractions d'une part et d'autre
part qu’il a subi une forte traction sur la tête afin de voir la lumière du jour.
Sa mère raconte " Au début, je n'ai rien remarqué ". Dans le cahier
jaune des soins, on ne trouve la première inscription que lors du troisième examen
: " Asymétrie de posture, à observer ". Ce n'est que quatre semaines
plus tard qu'on a présenté Kevin à un collègue orthopédiste qui me l'a ensuite
adressé. Au
status, on trouve une colonne fixée en inclinaison latérale, décrite comme une
scoliose en C. Il tient sa tête penchée vers la droite et tournée vers la gauche,
ce que nous décrivons comme une posture sinistro-convexe. Lors des tests de réflexe
(20) comme on les pratique lors d'une vérification minutieuse du diagnostic, il
dévoile un comportement typique avec les différences correspon-dantes dans l'inclinaison
gauche et l'inclinaison droite, lors de l'acquiescement et de l’élévation de la
tête. L'examen
précis de la colonne cervicale décèle une sensibilité à la pression du côté gauche
et la provocation d'une vive protestation lors de l'inclinaison de la tête à gauche.
Comme chez tous nos petits patients, nous confrontons les trouvailles cliniques
avec un cliché radiologique, il"colle" et montre une asymétrie entre
la colonne cervicale supérieure et la base du crâne, dans son cas l'atlas et l'axis
se trouvent déplacés à gauche par rapport à la base du crâne.
Le traitement s'applique
dans ce cas aux deux vertèbres cervicales supérieures. Des collègues ont contrôlé
Kevin trois semaines plus tard, sa posture est symétrique, il persiste une sensibilité
dans la région cervicale gauche. J'ai reçu deux mois plus tard son carnet de contrôle
(nous le remettons à tous les parents, mais seulement un tiers nous est retourné),
il nous a aussi confirmé la normalité de
l’examen.
Exemple 2:
Lina est venue un peu plus vite en traitement, sans traîner, car
ses plaintes étaient plus spectaculaires que chez Kevin."Cela m'a déjà frappé
juste après sa naissance, que Lina était tordue.", dit la maman, ."
Surtout à l'allaitement, je n'arrivais à la mettre à un sein que si je m'asseyais
complètement penchée au-dessus d'elle et encore sa tête était complètement tordue,
ce que mon mari a lui-même remarqué quand elle avait sept ou huit semaines ".
De l'examen complet, il ressort que Lina est dextro-convexe c'est-à-dire qu'elle
est penchée vers la gauche et par-dessus le marché vers l'arrière. En outre, pendant
les semaines qui ont précédé sa première visite, elle était âgée de quatre mois
et demi, il s'est formé une zone glabre, sans cheveux dans la région de l'occiput
sous l'effet de la friction et son occiput droit s'est aplati. Chez ces enfants,
c'est très souvent la partie gauche c'est-à-dire l'hémiface du côté concave qui
se développe moins bien, ce qui était bien le cas de Lina.
Cela ne pose pas de
difficulté particulière pour le traitement. On modifie discrètement la technique
et en principe cela se déroule comme chez les autres bébés. Lors du contrôle effectué
dans ce cas par une physiothérapeute à domicile, la posture s'était passablement
améliorée, bien que pas encore tout à fait symétrique.
Deux jours après sa
visite chez nous, l'allaitement n'était déjà plus un problème. Après trois semaines,
on a poursuivi avec la gymnastique médicale et, six mois plus tard elle est revenue
en contrôle. La tête était encore asymétrique (il n’y a modification qu'après
quelques mois), la tache glabre n'existait plus, sur la radiographie de contrôle
que nous répétons dans des cas aussi frappants, la situation était clairement
normalisée.
Elle est suivie par
sa monitrice de gymnastique et je suis convaincu que nous n'aurons plus besoin
de beaucoup de traitements chez Lina.
Exemple 3:
L'enfant ne s'appelait pas Gereon, bien qu'il porta également un
vieux nom respectable, mais nous l'appellerons ainsi. Il avait cinq mois lorsque
je l'ai vu pour la première fois. Il était à notre sens classiquement dextro-convexe
(cf. Lina) mais sans inclinaison fixée en arrière. Il n'y avait rien eu de particulier
ni à l'examen ni lors du traitement, les parents n'avaient pas non plus fourni
d'indication qui sortait du cadre habituel. Une semaine après le traitement, la
mère m'appelle au téléphone
"C'est seulement
maintenant que nous savons ce que c'est qu'un enfant qui dort paisiblement "
clame-t-elle vivement, " le soir même du traitement, il s'est simplement
endormi! ".
C'est quelque chose
qu'elle ne connaissait pas, Gereon était son premier enfant, elle n'avait aucun
point de comparaison et son comportement avait été considéré comme normal, même
pendant l’anamnèse elle n'avait rien signalé (je questionne toujours très explicitement
sur les comportements du sommeil). Seule la comparaison avant et après traitement
lui en avait fait prendre conscience. On rencontre chaque jour des cas semblables,
ils se fondent ainsi dans la normalité, ce n'est que la discussion dans les congrès
qui m'a éclairé, combien de fois présume-t-on déjà connue quelque chose parce
qu’elle fait partie de la routine quotidienne Ce
que nous avons trouvé chez les enfants
Nous
étions partis du petit nombre de petits enfants que nous pouvions traiter. Les
observations faites par Gutmann dans les années 50 et 60 [8] ont
été peu prises en compte et faisaient l'objet d'un certain rejet, pour leurs exposés,
de la part des neurologues ou des orthopédistes pour enfants. Quand, il y a plus
de 15 ans, j’ai commencé à traiter les premiers enfants en bas âge, ce fut pour
moi un monde tout nouveau. Moi-même je n’avais pas d’enfant à l’époque et on me
confiait alors ces petites « choses ». J’avais tout simplement peur.
Peur d’être trop brusque, peur de manquer quelque chose. Ces deux craintes m’accompagnent
encore aujourd’hui, et je suis à la fois content et reconnaissant que rien de
grave ne se soit produit jusqu’à aujourd’hui, et plus encore, que je ne sois pas
passé à côté de choses plus graves.
Ces peurs
ne sont pas des garanties, et il serait bon de prendre au sérieux la devise du
chirurgien Sauerbruch qui disait à son assistant : "Le jour où
vous entrez au bloc sans avoir peur de faire une erreur, il vaudra mieux poser
le scalpel". Cette peur nous accompagne d’autant plus que nous avançons sur
un terrain nouveau. Un ensemble de souffrances se manifestaient dont nous essayions
de comprendre la logique sous-jacente.
L’examen
des anomalies de posture et des maux de tête chez les adolescents et les écoliers
nous mettait de plus en plus en face du fait que les causes de tels symptômes
se trouvaient bien en amont de ce que laissait supposer le début des plaintes
chez les enfants. Nous demandions systématiquement à voir les photos de ces enfants
comme bébés et nous pouvions ainsi remarquer chez beaucoup d’entre eux qu’ils
avaient pris une mauvaise posture fixée dans les premiers mois de leur vie.
Des questions plus approfondies donnaient souvent des indices pour d’autres symptômes
d’une problématique KISS. C’est en grande partie pour cela que des enfants de
plus en plus jeunes ont été examinés et traités. Ces travaux préliminaires sur
des patients de plus en plus jeunes faisaient apparaître un "schéma de souffrances
et de troubles", que l’on peut en gros diviser en trois groupes. Le
symptôme principal : l’asymétrie
Le point
de départ du problème apparaissait être une "posture de compensation"
(afin de compenser la douleur) différente selon le point d’irritation.
Inclinaison
Chez
presque tous les enfants que nous voyions il y avait une inclinaison plus ou moins
prononcée. Elle pouvait ne concerner qu’une partie du corps – par exemple une
inclinaison fixe de la tête – ou tout l’organisme. On appelle un tel aspect « scoliose
en C » parce que les bébés sont couchés comme un "C" en position
couchée.
Chez
ces enfants il est également frappant de voir qu’ils ont un "côté chocolat".
Ils utilisaient une main plus que l’autre, se tournaient plus volontiers d’un
côté que de l’autre, dormait sur un côté précis, etc. Au début il est difficile
de définir un modèle. Quand on a à peine vu une douzaine de bébés asymétriques,
on ne peut pas dire grand chose sur les relations de cause à effet. Au cours du
temps, il devint de plus en plus évident que certaines combinaisons de particularités
allaient ensemble :
Un enfant
qui avait la tête inclinée vers la gauche, la tournait presque toujours vers la
droite. Si cette inclinaison était advenue une asymétrie du crâne, on observait
alors que le côté gauche du visage était moins développé et que la joue droite
l'était davantage. Un aplatissement à l'arrière du crâne était souvent observé
du côté droit, et nous nous attendions alors à trouver la « plaque chauve »,
c’est-à-dire une pousse de cheveux unilatérale due au frottement de la tête sur
le support, à droite. Les bras et les jambes bougeaient la plupart du temps moins
à l’intérieur du "C", mais cette relation était moins marquée. Les problèmes
de hanche se trouvaient aussi plutôt dans le "C", c’est-à-dire dans
la concavité de la mauvaise posture. Ces troubles peuvent aller jusqu’aux pieds,
où on trouve alors un pied en croissant unilatéral.
Beaucoup
d’enfants ont été examinés de façon plus approfondie après un diagnostic concernant
les pieds ou après la constatation d'asymétries au niveau des plis des fesses.
A partir de là, on a trouvé les limites du mouvement de la tête et, en fin de
compte, défini l'anomalie de la colonne vertébrale supérieure comme facteur déclenchant
du tout. C’est ainsi que l’asymétrie, au sens large, se trouva au début de la
connaissance. Comme toujours, quand on se penche intensément sur un problème,
on trouve, avec une connaissance approfondie, de plus en plus d’exceptions qui
confirment la règle : nous connaissons aujourd’hui des cas qui ne présentent
aucune asymétrie latérale et qui sont néanmoins des cas KISS.
Hyperextension
fixée
La déviation
ne se fait pas vers le côté mais vers l’arrière. Ces bébés ont pratiquement une
« scoliose en C » vers l’arrière ; par définition, on parle d’une
"hyperlordose" ou d’"opisthotonos", c’est à dire une flexion
extrême du tronc vers l’arrière. Pour ces enfants, les mères racontent parfois
spontanément qu’elles ne peuvent allaiter que d’un côté. On peut souvent reconnaître
ces enfants par un aplatissement plus prononcé du crâne du fait qu'ils s’appuient
avec force contre le support. Il n’est pas rare cependant que le diagnostic soit
moins facile à poser sur la base de nos radiographies standards (faites systématiquement)
car l’inclinaison vers l’arrière est plus difficile à déceler que celle sur le
côté. Ici, c’est la posture elle-même qui laisse présager au premier coup d’œil
le diagnostic. Mais l'on ne doit pas oublier – à force de voir la colonne vertébrale
- les autres causes éventuelles : il y a par exemple des infections cérébrales
et des méninges qui provoquent des positions similaires. Souvent c’est l’évolution
qui permet alors de faire le diagnostic des différentes causes. Ces
deux types de base, que nous classifions de KISS I (inclinaison fixe vers le côté)
et KISS II (position fixe par hyperextension) existent rarement à l’état pur.
Ils sont souvent plus ou moins combinés mais c'est l’anomalie principale – fixation
vers le côté ou vers l’arrière – qui donne la base du diagnostic clinique principal.
Les détails pour ce modèle sont décrits en
[5]. Dans
ce qui suit seront décrits les principaux symptômes secondaires.
Au delà de l’asymétrie
Problèmes
de maturation des articulations de la hanche (souvent unilatéral)
Une asymétrie
observée au niveau des plis des fesses et/ou des cuisses est souvent le point
de départ pour un diagnostic de malposition. Ici se regroupent plusieurs ensembles
de symptômes allant d’un retard unilatéral du développement de la hanche jusqu’à
de vrais défauts de la cavité cotyloïde. Pour un traitement par la colonne vertébrale,
il ne faut pas minimiser les causes ni les perdre du vue. Aussi dans les familles
où se trouvent plus de problèmes de la hanche que la normale, un examen et un
éventuel traitement des problèmes de la colonne vertébrale est profitable comme
traitement annexe. Selon le degré de gravité et l’âge au moment du diagnostic,
un traitement fonctionnel des problèmes de la colonne vertébrale peut compléter
ou remplacer le maillot d’écartement des jambes ou l’attelle d’abduction.
Positions
erronées du petit pied jusqu’au "pied en
forme de croissant" (Pes adductus congenitus)
Ce sont
au tout début des signes assez particuliers. Ici, le traitement de la colonne
vertébrale n’est pas non plus l’alternative, mais le complément à d’autres traitements.
Bien sûr, un traitement manuel est toujours préférable à une thérapie passive :
c’est plus "joli" et plus efficace d’optimiser une fonction déréglée
et d’améliorer une position du pied que de la rectifier par un bandage ou un plâtre,
même si cela s’avère parfois indispensable. Ceci sera également valable pour les
semelles. Perturbation
du sommeil, cris pendant le sommeil
Ceci
englobe une multitude de difficultés dont les parents ne sont souvent pas conscients,
notamment pour les cas légers. Au siècle des enfants uniques, le moyen de comparaison
fait souvent défaut, et un certain nombre de parents indiquent seulement sur le
questionnaire de contrôle que leur enfant dort mieux après le traitement. Ce sont
surtout les problèmes d’endormissement qui sont typiques chez les "enfants
KISS" (atteints du syndrome KISS) : "Elle ne trouve pas le calme
dans son lit, "Il se tourne et bouge sans cesse et ne s’endort que quand
il est complètement k.o." De telles descriptions sont fréquemment données
par les parents.
Enfants
qui crient
Ce groupe
– très hétérogène – est à nouveau explicitement mentionné ici. Plus on est éloigné
de la problématique, plus on peut attendre et avoir confiance que cela s’arrête
au bout du troisième ou quatrième mois. Mais pour le responsable averti,
la maxime de Lucassen est valable : "Je suis trop impressionné par les
sentiments de détresse et de désespoir des parents, par leur colère et leur peur,
par le sentiment qu'ils éprouvent que quelque chose ne va pas avec leur enfant
pour pouvoir les laisser seuls avec ce problème naturellement auto-limitant[16].
Avec un diagnostic préalable correct, le pourcentage de réussite du traitement
par la médecine manuelle chez ces enfants est de 60% dans les trois jours qui
suivent le traitement ; une étude prospective, en collaboration avec la clinique
Hagen pour enfants, est en préparation.
S’arracher
les cheveux, haute sensibilité au toucher de la nuque
Comme
pour certains autres symptômes décrits ici, la question de la sensibilité au toucher
de la nuque doit être posée explicitement aux parents. Souvent les parents ne
racontent qu’après, en comparant avec la situation d'avant. Après ils remarquent
plus facilement quelque chose. Surtout la mention du "se défendre contre
un contact physique" donne un bon indice pour repérer de nouveaux malaises,
c’est-à-dire pour la nécessité d’un nouvel examen de contrôle. Toutes
les difficultés décrites précédemment ne proviennent pas forcément de KISS, mais
c’est souvent le cas. Traiter KISS est en règle générale la méthode la plus simple ;
tellement simple que souvent un essai vaut la peine, même si au départ on n’est
pas tout à fait sûr d’avoir trouvé la bonne voie.
Ce
qu’il y avait aussi de particulier
Des enfants
qui ne présentent pas (encore) de symptômes d’asymétrie, se distinguent par d’autres
malaises, souvent difficilement reconnaissable en tant que problèmes de la colonne
vertébrale. Parmi celles-ci on compte par exemple des poussées de fièvre inexpliquées,
une perturbation éveil – sommeil, une agitation motrice généralisée.
Il est
à nouveau souligné ici que ces malaises peuvent avoir beaucoup d’autres origines.
On ne devrait envisager un problème de la colonne vertébrale que lorsque d’autres
causes probables ont été exclues et/ou quand on a trouvé des symptômes indiquant
un problème d’asymétrie ou quand un traitement "test" a apporté de nettes
améliorations. C'est généralement ce dernier point qui se révèle être la base
la plus sûre d’un diagnostic ; c’est ce qu’indiquait déjà, il y a quelques
années, un des pionniers de la thérapie manuelle, le neurologue tchèque Lewit
[15],Mais
on ne peut quand même pas tout à fait compter là-dessus. Nous connaissons des
cas où des malaises se sont améliorés après une thérapie manuelle, alors qu’il
y avait, par exemple, une tumeur sous-jacente [6,
9]
. Ce
n’est presque jamais aussi simple qu’il y paraît au premier regard …
Ici
nous arrivons alors dans des domaines limites.
Il est, comme toujours, difficile de les circonscrire et il faut veiller à ce
qu’une telle description ne dégénère pas, surtout quand on a la "bonne parole"
plein la tête. Il convient alors de prendre les indications suivantes, relatives
aux symptômes, comme des pistes de réflexion et non pas comme des "preuves"
en rapport avec KISS pour chaque cas similaire.
Fièvre :
Des poussées
de fièvre chez les enfants constituent toujours un défi pédiatrique. On examinera
toujours d’abord en fonction des causes classiques que l'on exclue l'une après
l'autre. Cela va des infections des voies respiratoires jusqu’aux infections rénales
et de la vessie, aux allergies, etc. C'est seulement quand on a éliminé ces causes
classiques que l'on peut, la conscience tranquille, envisager d’autres causes
pour expliquer une température élevée.
Des changements
manquants dans les analyses médicales sont un indice, mais, par principe, on demandera
d’exclure le mieux possible d’autres causes. Alors, et seulement à ce moment là
, on peut essayer de progresser à l'aide d'éléments fonctionnels. L’indice pour
la colonne vertébrale est l’asymétrie qui l’accompagne ou d’autres signes révélateurs
de KISS.
Baver :
Beaucoup
d’enfants qui bavent ont l’éternel bavoir autour du cou pour éviter aux parents
de devoir changer leur enfant x-fois par jour parce qu’il est encore une fois
trempé. Le fait de ne pas fermer la bouche peut être provoqué et maintenu par
des problèmes de contrôle musculaire à cet endroit, et donc aussi de la région
du cou et de la nuque. Souvent s’y ajoute alors une tête penchée vers l’arrière
de manière maladive. Chez les bébés, cela se traduit par une position "fléchie
comme un arc" comme le disait une mère. Chez les petits enfants plus âgés,
qui commencent déjà à se mettre debout, le rachis thoraco-dorsal se relâche pour
permettre à l’enfant de regarder droit. Ces enfants ont alors une soi-disant "posture
molle".
Difficultés
de déglutition :
Pour
ce symptôme, c'est le même problème que pour les enfants qui bavent. Quand la
coordination dans la région du gosier est perturbée, la contracture de la colonne
vertébrale peut en être la cause. Dans ce cas c'est le succès du traitement
qui donne un indice sur la relation de cause à effet. Ces enfants ne viennent
presque jamais en consultation pour ça. Une amélioration de ces difficultés, évaluées
par les parents comme étant des problèmes secondaires, ne nous est souvent rapportée
que plus tard.
Emettre
des sons et acquérir la parole :
L’apprentissage
de la parole est impossible sans un contrôle exacte des muscles de la gorge. Rien
que pour cette raison, on peut établir une relation entre les problèmes de contrôle
de la musculature du cou et les difficultés à émettre des sons et à acquérir la
parole. Si les signes accompagnateurs faisant penser à une asymétrie, on peut
alors envisager d’intégrer dans la réflexion thérapeutique la colonne vertébrale
supérieure. Surtout en cas de combinaison avec une mauvaise fermeture de la bouche
et d'enfants qui bavent beaucoup, on pensera plutôt à une origine au niveau du
cou et de la base du crâne.
C’est
un peu comme avec les enfants qui louchent : nous disposons d'un certain
nombre de rapports faisant état d’enfants (ils n’ont pour la plupart pas plus
de deux ans) chez lesquels, dans le cadre d’un traitement KISS, la parole devenait
plus coordonnée, et leur strabisme diminuait. Ceci est particulièrement visible
pendant un traitement complémentaire chez les enfants handicapés en âge scolaire.
Cependant ces cas sont trop rares pour constituer une "preuve". Il est
difficile de distinguer l’influence directe sur la motricité de la parole de l'amélioration
générale de la perception et alors de la réaction sur ce qui est perçu.
Diagnostic
différentiel
À la recherche
de critères de délimitation, les résultats statistiques [4] montrent
quatre
points anamnestiques :
-
présentations
transverses
-
naissances
retardées et prolongées
-
utilisation
d'instruments à la naissances (ventouse, forceps)
-
grossesses
multiples (jumeaux, triplets…)
Les
nouveau-nés appartenant à un de ces quatre groupes étaient trois à quatre fois
sur-représentés chez les enfants ayant une problématique KISS avéré. Ces
dernières années il est devenu de plus en plus clair, qu’il existerait une prédisposition
familiale : nous observons de plus en plus souvent que le risque d’une problématique
KISS chez des frères et sœurs du même sexe s'élève à plus de 50% pour chaque grossesse
supplémentaire. Il faut sûrement replacer cela dans le contexte d’une certaine
sensibilisation et d'une expectative. D’un
autre côté l’amélioration rapide et durable des malaises, surtout pendant la période
précoce (cris persistants, "coliques du nourrisson") qui est un grand
soulagement pour les parents, est difficilement explicable par de simples "mécanismes
de suggestions" comme cela est souvent insinué. Chez les nouveau-nés présentant
une position inclinée intra-utérine (cela correspond au "syndrome de position
transverse" bien connu), on remarque souvent l’asymétrie directement après
la naissance. Chez les enfants où la genèse d'un traumatisme natal se situe au
premier plan, on ne voit apparaître les symptômes typiques qu’après trois à six
semaines. D'ailleurs, ils ne sont, en règle générale, observés qu'aux examens
de 4 à 6 semaines et du 3ème - 4ème mois.
La
méthode la plus simple pour le profane est sans doute l’examen de la capacité
du mouvement de la tête et de l’hyper-sensibilité de la nuque. Ainsi, on peut
rapidement avoir une première impression et décider s’il est opportun de continuer
dans le sens d’une perturbation fonctionnelle d'origine vertébrale. La manière
dont on procède dans ces cas, dépend des possibilités offertes au niveau local :
l’un va prendre conseil auprès d’un physiothérapeute ayant une formation appropriée,
l'autre va pouvoir présenter son bébé directement à un thérapeute manuel. On dispose
également de plusieurs possibilités thérapeutiques pour atteindre le but :
dans les cas non spectaculaires on peut se limiter à un traitement comportemental
("Handling"), déplacer le lit du bébé, stimuler le côté faible pendant
l’allaitement, etc. Si cela ne suffit pas on peut conseiller des méthodes physiothérapeutiques
telles que la méthode Bobath ou Vojta (ou encore d'autres méthodes similaires).
Enfin, et surtout dans le cas de cris persistants et d'autres manifestations de
malaises aigus, la méthode de choix est le traitement manuel, car elle agit le
plus rapidement et le plus efficacement.
L’image
clinique du syndrome KISS non-traité passe en général par quatre stades :
1)
Stade
préalable non spécifique avec des symptômes d’une irritation végétative et de
dysphorie ("mauvaise humeur") : enfants qui crient, coliques du
nourrisson et similaires (post-partum jusqu'à environ 3 mois)
2)
Le
symptôme d’asymétrie domine depuis le contrôle de la tête jusqu’à la verticalisation
(se mettre debout) (3-12 mois)
3)
Intervalle
pauvre ou dépourvu de symptômes entre la verticalisation et le 4ème
et 5ème anniversaire
4)
Signes
de dysgnosie (dérèglement de la perception) et de dyspraxie (perturbations motrices
sensorielles) dans le sens du syndrome KIDD (Kopfgelenk- induzierte Dysgnosie
und Dysphorie = Dysgnosie et dysphorie induites par les articulations crânio-cervicales[3]).
La
connaissance des stades précoces des perturbations motrices sensorielles à l’âge
scolaire, qui nous mettent en face de si grands problèmes thérapeutiques et qui
sont désignés par de nombreux termes (MCD - minimal cerebral damage), POS - syndrome
psycho-organique, ADS - attention deficit syndrom ...), ouvrent la voie à un diagnostic
précoce ainsi qu’à une thérapie autrement plus efficace et simple. Les personnes
qui assistent le début de vie des enfants en tant que sage-femmes, peuvent attirer
l’attention sur des signes d’un développement asymétrique, ne nécessitant pas
un traitement immédiat mais qui devraient être contrôlés ultérieurement.
Traitement
Le traitement
manuel médical est préparé en établissant l’anamnèse, une radiographie obligatoire
de la colonne vertébrale supérieure (cervicales) ainsi qu'un diagnostic fonctionnel
avec un examen des segments vertébraux. La technique consiste, en général, en
une impulsion latérale modérée dans la région des trois premiers segments cervicaux.[13]
Pendant les traitements des petits enfants supervisés par notre groupe de travail
(plus de 10 000 enfants de moins de deux ans dans les 20 dernières années), il
n’est arrivé aucune complication sérieuse, sauf quelques vomissements ou une chute
de tension brève et spontanément réversible[12].En
ce qui concerne les complications décrites dans la littérature médicale (p.ex.
[7])
il s’agissait de « prises rotatoires » et/ou de la multiplicité des
traitements dans un laps de temps (trop) court. Nous conseillons vivement une
utilisation parcimonieuse de la thérapie manuelle chez les petits enfants. Un
seul traitement est presque toujours suffisant (dans 85% des cas[4]).
Un
écart minimum de six semaines entre deux traitements, si toutefois celui-ci est
indiqué, devrait être respecté. On peut évaluer l'effet de la thérapie trois semaines
après. Chez à peu près un tiers des enfants, on doit accompagner la thérapie manuelle
par d’autres traitements, en général par la physiothérapie.
Perspective
Le traitement
des enfants atteint du syndrome KISS montre que l’on ne travaille pas en solitaire
mais que l’on est dépendant de la coopération des collègues, qu’il s’agisse d’auxiliaires
d’obstétrique et de sages-femmes, de pédiatres et d'orthopédistes pour enfants
ou encore de kinésithérapeutes, maîtresses d’écoles (maternelle) ou d'instituteurs
(école primaire). Ceux-ci doivent déjà avoir l’idée qu’un problème préoccupant
pourrait avoir une relation avec une perturbation fonctionnelle de la colonne
vertébrale. C’est justement chez les petits enfants que cela n’est pas si trivial
à déterminer que pourrait le croire, « autour de la grande table verte !,
les experts autoproclamés et sans expériences pratiques.
-
Combien
de bébés crient pendant des heures, voire des jours, sans que l’on puisse les
aider ?
-
Combien
de parents désespèrent face à un petit dans cet état sans savoir comment l’aider ?
-
Combien
d’enfants souffrent de ces fameuses "coliques du nourrisson des 3 premiers
mois" sans que de réels moyens de leur venir en aide soient données aux parents.
Tous
ces enfants devraient être examinés au moins une fois à la recherche d’un problème
provenant de la colonne vertébrale.
La palpation
du cou et l’examen de la capacité rotatoire de la tête vers la gauche ou la droite
ne constituent pas une science secrète. Quand on remarque quelque chose d’inhabituel
à ce niveau, on va voir un spécialiste. A partir de là, les gens qui travaillent
avec des bébés et des petits enfants ont progressé.
On devrait plutôt dire qu’ils ont "reculé", car ils ont a été rendus
attentif au symptôme d’asymétrie par les précurseurs. En anglais on appelle cela
"Reverse Engineering" : on regarde une machine ou une situation
et on essaie de reconstituer d’où vient l’ensemble, la manière dont la machine
est conçue. Une grande partie de notre connaissance médicale a été rassemblée
ainsi. C’est aussi le cas pour le syndrome KISS : depuis qu’on a établi que
les enfants qui crient anormalement beaucoup étaient également "inclinés",
on examine ces enfants, qui, au premier coup d’œil ne présentent pas d’inclinaison,
de plus près afin de déterminer s'il n'y en a pas une.
Notre
curiosité grandit avec chacun des enfants que nous voyons. Je me souviens d’enfants
chez lesquels un eczéma atopique s’améliorait rapidement ou chez lesquels un strabisme
diminuait remarquablement. On se porte probablement mieux, si on classe cela dans
la catégorie du "hasard". Les cas similaires, où des signes cliniques
non dépendants de la colonne vertébrale ont pu être améliorés, ne devraient pas
donner lieu à des suppositions abusives, mais donner à réfléchir. Est-ce que c’est
la relaxation de la position de réaction végétative
ou l’influence des paramètres de base de la coordination qui jouent un rôle ici ?
Pour
l’instant on ne peut que spéculer. Quand on arrivera au moment où l’examen et
le traitement des problèmes de la colonne vertébrale supérieure feront partie
du répertoire standard des pédiatres, on sera plus au point pour l'indication
d’un traitement et on pourra alors avoir une meilleure vue d’ensemble des
conséquences de tels cas.
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Dr.med.Heiner Biedermann
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Chirurg / Chirotherapie
Kampstr. 36
44137 Dortmund
email: hb@manmed.org |